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Points de vue sur la peinture

> Le prix de la peinture
> Plaidoyer pour l'achat coup de coeur
> A quoi bon acheter une oeuvre d'art?
> Face à la crise, vive la culture
> Artiste ou entrepreneur?

 

Le prix de la peinture

« Ce n’est pas parce qu’un artiste ne vaut pas beaucoup d’argent qu’il n’est pas un grand peintre » disait  Daniel WILDENSTEIN, très grand marchand d’art (1917-2001).
En le paraphrasant, nous pouvons ajouter: "Ce n’est pas parce qu’un artiste demande un prix élevé de ses tableaux qu’il est un grand peintre et s’il ne les vend pas, qu’il est un grand incompris".
 
Pour parler du prix de la peinture, il faut distinguer la peinture des signatures ("second marché": artistes disparus ou déjà consacrés) et la peinture coup de cœur ("premier marché": artistes vivants non côtés).
Pour les plus grandes signatures, le prix ne peut être justifié objectivement au regard de l’œuvre seule et il est souvent inaccessible au « commun  des mortels ».
 
Pour les artistes côtés, souvent décédés, c’est l’historique des ventes qui donne une indication du prix ; ce prix est donc défini au point d’équilibre entre l’offre et la demande.
 
Pour les artistes vivants, il convient de  distinguer l’artiste occasionnel qui ne gagne pas sa vie avec son art et l’artiste professionnel qui y consacre tout son temps, toute son énergie et, souvent, plus encore : le premier peut pratiquer des « prix d’amis » puisque ce n’est pas vital pour lui, tandis que le second doit pratiquer des prix plus étudiés puisqu’il doit en vivre.
 
Le prix est alors fonction de l’expérience de l’artiste, de sa réputation, de l’importance de la demande et des prix généralement acceptés par la clientèle; communément, il est également fonction de la dimension du tableau et de sa présentation (encadrement...). Cependant, le prix ne doit pas être systématiquement fixé en fonction du format car, si le travail est souvent proportionnel à la taille d'un tableau, ce n'est pas toujours le cas pour la qualité.
 
Pour un artiste professionnel, peindre est un véritable « travail ».
Comme tout travail, il mérite un salaire basé, au minimum, sur le temps passé et les dépenses engagées; les fournitures ne sont pas des dépenses négligeables (pinceaux, peintures, toiles, châssis, chevalets…) et un atelier doit, si possible, être d’une certaine taille avec un éclairage, un chauffage et des protections suffisantes.
Artiste indépendant, au-delà de sa subsistance et, éventuellement, de celle de sa famille, il doit assurer sa couverture santé, sa –maigre- retraite,  financer ses déplacements et tous ses autres frais professionnels et privés.
Aux frais de « production », il faut encore rajouter tous les frais liés à la commercialisation, par l’artiste lui-même ou par des professionnels : transports, expositions, expéditions, catalogues, …
 
Le prix d’une œuvre doit donc être établi à partir d’un prix de revient de production, tenant compte du temps passé, des fournitures et des autres frais sociaux et généraux et de frais de commercialisation.
 
On voit bien que cette œuvre unique, à laquelle  on a tant de mal à donner un prix, a un coût qui peut difficilement être détaillé (ce qui romprait le charme !) et que le prix ne peut être établi à la discrétion de l’acheteur comme je l’ai quelques fois entendu.
 
Mais les artistes ne sont généralement pas des gestionnaires; j’ai donc souvent, pour eux, calculé les tarifs qu’ils doivent pratiquer pour que leur travail soit payé à sa juste valeur. 

Mais le vrai point de repère du prix « coup de cœur » de la peinture est bel et bien celui que l’acheteur est prêt à payer pour emporter et installer chez lui l’œuvre dont il ne peut pas se passer. Le prix n’est qu’une évaluation. L’achat est un acte intime.

Comme le disait  Daniel-Henry KAHNWEILER , le célèbre marchand de tableaux (1884-1979) : «  Il y a, comme pour tout, une loi de l’offre et de la demande ; si la demande est faible, on ne peut augmenter le prix sous peine d’aller au devant d’un désastre ».
 
Au-delà de la problématique du prix, quel profit financier peut-on retirer de l’achat d’une peinture « coup de cœur » ?
S’il est courant qu’un acheteur rêve que le tableau acheté prenne de la valeur, il est beaucoup moins certain que cela se produise, de son vivant ou plus tard.
Mais n’y a-t-il pas de choses moins affectives pour spéculer ?
Et comme le dit un de mes plus fidèles collectionneurs: "Pour moi, un tableau est essentiellement un patrimoine affectif et culturel ; permettez-moi un conseil: laissez-vous aller! N’y a-t-il pas déjà suffisamment de choses que vous êtes obligés de faire, sans poésie, sans amour et sans joie ?"  (Voir ci-dessus)
Je rajouterai: Investissez dans le plaisir! Acheter une peinture, c’est profiter tous les jours, sans aucun coût d’entretien, d’un bien qui gardera au moins sa valeur, quelques soient les vicissitudes économiques.

Henri MINART
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Artistes ou entrepreneurs?

Voilà deux statuts apparemment fort opposés. Et pourtant, les similitudes dans les qualités requises pour être artiste ou entrepreneur et les ressemblances dans les processus d’action sont nombreuses ; faites un test!
«  La première qualité d’un créateur, c’est le courage – le courage d’affronter le scepticisme, le conformisme et, finalement, le doute et la jalousie ». Claude ALLEGRE.

« Toujours cette peur du lendemain, cette peur qui bloque toutes les initiatives.
Peu de personnes savent que tout est possible! C’est comme pour le vélo; il suffit de se lancer, ensuite l’équilibre vient en roulant! » Gérard GAMAND

« La difficulté de réussir ne fait que rajouter à la nécessité d’entreprendre » BEAUMARCHAIS

« Courage de faire. Courage de remettre en question l’œuvre jusqu’à ce qu’on croie l’œuvre achevée… »
« Dans la création, après beaucoup de doutes et de tâtonnements, surviennent des moments d’intense activité, de plaisir presque sensuel, si intenses que l’on perd la notion du temps. Alors la main anticipe l’idée, et l’œuvre apparaît dans sa forme définitive, parfois en quelques heures » Jean CARDOT Sculpteur.

A qui, de l’artiste ou de l’entrepreneur,  s’appliquent ces réflexions?
Aux deux : « Bravo l’artiste »!

Henri MINART

 
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Plaidoyer pour "l'achat coup de coeur"

Pour moi, un tableau est essentiellement un patrimoine affectif et culturel.

Je ne suis pas un amoureux platonique ; regarder une peinture que j’aime ne me suffit pas ; j’ai besoin de me l’approprier car c'est en vivant au quotidien avec une œuvre que j’en tire tout le potentiel; un tableau qui me plait est un tableau qui me parle, qui m’invite au voyage, à la volupté.
Pour acheter cette pièce unique, c’est un coup de cœur qu’il me faut ; je n’achète pas une peinture en réfléchissant trop longtemps.
Par contre, je ne l’achète pas pour spéculer même si je sais qu'avec le temps, au-delà du plaisir, il continue à garder au moins sa valeur, sans rien me coûter en entretien.
Et quand je pense au patrimoine que je transmettrai à mes descendants, je me dis que mes tableaux seront essentiellement un patrimoine affectif et culturel à travers lequel ils connaîtront mes goûts et retrouveront, peut-être, mes émotions. S'ils prennent de la valeur, tant mieux pour eux!. Mais cela voudra surtout dire que je n'ai pas été le seul à les aimer, au-delà des époques et des modes.

Permettez-moi un conseil: laissez-vous aller! N’y a-t-il pas déjà suffisamment de choses que vous êtes obligés de faire, sans poésie, sans amour et sans joie ?

André DE BLANZAC, collectionneur

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A quoi bon acheter une oeuvre d'art?

Des raisons utiles, il y en a : oui, l’art est un bon placement financier ; oui, un tableau peut parfaire admirablement la décoration d’un salon ; oui, la possession d’une œuvre d’art véhicule une image de soi améliorée. Mais parle-t-on vraiment d’art avec ces considérations ?

Nombre d’artistes et de philosophes ont insisté sur le fait que l’art est inutile, qu’il n’a pas de raison utilitaire d’être. En effet, un tableau, en lui-même, n’a pas d’utilité matérielle et, de la même manière que l’on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, on ne vit pas d’art. C’est pour cela que des personnes, pourtant amatrices, renoncent à acheter une œuvre. L’art n’étant pas utile, il est jugé futile, contrairement à un autre objet de même prix comme un canapé par exemple ; il est vrai qu’un canapé est utile et que l’on ne s’assoie pas sur un tableau !

Mais si l’art n’est pas vital, peut-on pour autant s’en passer? Si l’art est futile, pourquoi son existence perdure depuis l’apparition de l’être humain ?

Philosophiquement, l’art vise à susciter une appréciation esthétique positive, à plaire ou à toucher par sa seule forme, son apparence. Il est le propre de l’homme et le distingue radicalement de l’animal. L’art appartient au « petit rien » qui nous différencie du chimpanzé avec lequel nous partageons 99% de nos gènes. Il est l’expression de notre désir de transcendance, de notre aspiration à l’absolu et donc, finalement, de notre humanité. Dans son Esthétique, HEGEL affirme : « Le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature [puisqu’il] dégage des formes illusoires et mensongères de ce monde imparfait et instable la vérité contenue dans les apparences, pour la doter d’une réalité plus haute créée par l’esprit lui-même. » Dans le champ de l’expérience commune, l’art fait poindre le spirituel en traduisant une réalité méta sensible, en révélant une vérité derrière les apparences et en donnant à voir nos passions, insérant dans nos vies une distance, un recul par rapport à nous même et au monde qui nous entoure. L'art est donc la marque de la conscience de soi et remplit une fonction cathartique « inutilitaire » puisque spirituelle.

Ainsi, l’inutilité matérielle positive de l’art semble être la condition de son utilité spirituelle qui est elle-même la condition de notre humanité. « L'art est-il utile? Oui. Pourquoi? Parce qu'il est l'art. » disait BAUDELAIRE, considérant que l'homme n'est pas un vivant comme les autres et qu'il éprouve des besoins qui dépassent l'utile et le nécessaire.
Mais qu'en est-il aujourd'hui? Où se trouve cette marque de notre conscience de nous-même, de notre faculté à dépasser l'immanence de notre humanité? L'art, autrefois si présent, semble avoir disparu de nos quotidiens. Il se cantonne aux musées, aux expositions publiques, aux FRAC, etc. Le service public doit-il être, avec quelques élites, le seul garant de ce qui nous distingue des animaux? Si tel est le cas, n'est-ce pas le signe que notre humanité est en mauvaise posture? Quel est le degré d'intelligence et d'humanité de notre société si l'art ne fait plus partie de nos vies? Vivons-nous l’époque où l’art fait si peur qu’il devient le fait d’un « parcage aseptisé » ?

Bien qu’ancien directeur du musée PICASSO à Paris, Jean CLAIR déplorait : « si le musée gagne, c'est à la façon dont le désert croit : il avance là où la vie reflue. A qui aime la patrie des tableaux, il ne restera que l'enclos des musées, comme à qui aime la nature ne restera que les réserves de parcs, pour y cultiver la nostalgie de ce qui n'est plus ».

Ainsi donc, il est essentiel que l'art retrouve sa vitalité, autant dans sa création que dans sa réception. Il est essentiel (non pas « important » mais bien « essentiel ») de mesurer la supériorité de « l’utilité » d’un tableau à celle d’un canapé et d'en user sans peur et sans complexe, comme il se doit. Il est essentiel de renouer avec notre sensibilité, notre « déraisonnabilité » et d'accorder de la valeur à ce qui nous élève ; essentiel que la jouissance inégalable procurée par une oeuvre d'art réintègre quotidiennement nos vies.
Autorisons-nous donc à ouvrir des fenêtre picturales sur cette transcendance qui fait de nous des humains et faisons honneur aux paroles de Marcel DUCHAMP: "Je crois que l'art est la seule forme d'activité par laquelle l'homme en tant que tel se manifeste comme véritable individu. Par elle seule, il peut dépasser le stade animal, parce que l'art est un débouché sur des régions où ne domine ni le temps, ni l'espace".

Elise LASSALLE, Historienne de l'art

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Emile ZOLA « L’œuvre, 1886 »

« …un spéculateur, un boursier, qui se moquait radicalement de la bonne peinture.
Il apportait l’unique flair du succès, il devinait l’artiste à lancer, non pas celui qui promettait le génie discuté d’un grand peintre, mais celui dont le talent menteur, enflé de fausses hardiesses, allait faire prime sur le marché bourgeois.
Et c’était ainsi qu’il bouleversait ce marché, en écartant l’ancien amateur de goût et en ne traitant plus qu’avec l’amateur riche, qui ne se connaît pas en art, qui achète un tableau comme valeur de Bourse, par vanité ou dans l’espoir qu’elle montera ».

Rien n'a changé!!
 
 

Face à la crise, vive la culture...

15 novembre 2008

Attention, "fragile" ! Cette inscription rituelle des colis précieux pourrait même instruire un procès en marginalité, superficialité, inutilité de tout acte de culture, jugé accessoire, dans le contexte actuel de la crise financière mondiale.

"Il y a plus urgent, plus important, plus stratégique, plus sérieux, que de parler culture", penseront même certains esprits. "Allons à l'essentiel, ne perdons pas de temps, n'en faisons pas perdre, le futile, l'accessoire, le superflu, pour ne pas dire le superficiel, attendront des jours meilleurs", en rajouteront d'autres.

Cette relégation de la culture n'est d'ailleurs pas malheureusement un réflexe des temps difficiles. Elle est une sorte de refus de résistance, une paralysie du discernement, un abandon de poste.

C'est la posture permanente de tous ceux qui n'imaginent pas que la culture soit créatrice de richesses tangibles et de valeurs aussi concrètes que spirituelles, et qui ont une vision fausse et très désuète de la réalité, française, européenne, mondiale. Citons pêle-mêle quelques exemples emblématiques : Pétra, La Grande Muraille de Chine, l'Orchestre philharmonique de Berlin, le Ballet de l'Opéra de Paris, le Louvre, Bilbao, le hip-hop, Yves Saint Laurent, le château de Chenonceau. L'énumération est infinie.

Elargir le champ des possibles, contribuer à la fierté d'appartenir au monde, donner les outils les meilleurs pour que chacun au sein de la collectivité puisse maîtriser son destin. Il est le devoir d'Etat de tout homme ou femme politique. Aujourd'hui, plus que jamais. Tenir cette ambition implique une prise en compte sans réserve et sans complexe de la culture.

Il est de ce point de vue significatif que le président de la République ait décidé pendant la présidence du Conseil de l'Union européenne d'organiser une Saison culturelle européenne, où nos 26 partenaires sont accueillis avec tout l'arc-en-ciel de leur potentiel culturel et artistique. La France fait figure de pionnier en la matière. Puisse cette heureuse initiative française faire école afin que la Commission européenne prolonge cet élan mobilisateur et novateur !

Les modalités de la crise boursière actuelle poussent au paroxysme le champ du virtuel. Les chiffres n'ont plus de sens. Les écarts traduisent la brutalité d'un affolement plutôt qu'une évolution intelligible. Les constructions financières apparaissent comme une spéculation dépourvue de morale et surtout de fil conducteur. Dans ce chaos, le tangible, le vrai, le beau, le solide, l'authentique, le futuriste, le décalé, le conceptuel, le génial apparaissent comme les nouvelles valeurs refuges rassurantes et pérennes.

Si s'effondre la "splendeur" d'une place financière, subsiste le rayonnement durable et fort d'une oeuvre, d'un moment, d'un site, ainsi que la perfection magique et surnaturelle d'une création, la vérité lumineuse et cruelle d'un cri artistique parfois violent.

La culture donne des repères. Elle est l'alliance rare entre l'immatériel et le matériel, la fécondation de la matière par l'esprit. Même si un geste artistique est parfois fragile et éphémère, une fulgurance géniale et fugace, le choc esthétique qu'il engendre, imprègne durablement la mémoire. Il provoque la conscience. Il génère l'être.

La culture permet tout à la fois l'enracinements, l'harmonie et le dépassement total de soi. Le respect de l'histoire, du sol, de la tradition, mais aussi la force de créer, la capacité d'imaginer, la griserie de rêver, l'envie d'ailleurs. L'intelligence de la complexité. L'amour du monde et de la diversité. C'est faire le lien entre le passé et l'avenir. C'est comprendre. Comprendre les autres. Se connaître soi-même. Apprivoiser les différences.

L'art est une exigence, une métamorphose, un voyage. C'est également une fondation, un ancrage, une signature. Une réconciliation entre le "soi" et "l'autre".

Lorsque les constructions humaines artificielles et précaires deviennent des ruines et des décombres, l'architecture, le patrimoine, le spectacle vivant, les arts plastiques, l'écrit, le son, la lumière, l'image, le film sont de puissants vecteurs de confiance, de ressourcement qui créent l'élan, génèrent la dynamique, rétablissent l'unité intérieure. L'homme devient riche de son regard, heureux de sa sensation, apte à embrasser le monde. Il devient universel, frère, disciple. Ou contradicteur par devoir et par passion légitimes.

Même s'il est conçu dans la pauvreté, le dénuement et la précarité, l'acte artistique est une richesse et une valeur plus puissantes et incarnées qu'une réussite financière fugace et éphémère.

La culture ne saurait se réduire à une élégance, un divertissement, une angoisse ou une ivresse. Elle est la marque d'une époque, le reflet d'une terre, le soleil d'une main et d'un cerveau. Elle est la transfiguration de la matière, la sublimation d'un projet. L'horizon d'une idée. Elle est un phare d'autant plus puissant et protecteur, que les océans de la folie humaine sont déchaînés et destructeurs.

La culture est l'investissement de l'avenir, l'équilibre et la célébration du présent, l'humilité de l'histoire et de la chaîne du temps, la transformation du fugace en permanence du génie et du savoir-faire. Pour la France, la culture est notre chance, notre vocation, notre solidité et notre destin. Notre horizon.

Tous les diseurs de bonne aventure économique et financière devraient descendre de leur superbe et de leur mépris, en comprenant enfin qu'avant d'être une dépense, une extravagance ou le caprice du prince, la culture est notre stratégie, notre trésor de guerre, notre nouvelle frontière. Face à la myopie, à la caricature et à la choquante désinvolture, rétablissons la vérité. Osons montrer le réel. Chiffrons l'inchiffrable, sans tout financiariser pour autant. Décrétons l'urgence. Garantissons par-là même notre survie, notre épopée, notre renaissance. Notre avenir concret. Aujourd'hui et demain.

La culture est une promesse de richesses, une source d'attractivité(s), d'emplois, un rêve tangible. C'est une priorité pour qui sait enfin ouvrir les yeux, voir et comprendre que dans la fureur du monde, l'harmonie qu'elle diffuse et le progrès qu'elle génère sont des valeurs plus puissantes que les jeux d'écriture financière aux improvisations tragiques et à la "poésie" mortifère... La culture n'est pas un opium, un luxe, une futilité. Elle est un réflexe lucide, une performance orchestrée.

Oser parler, dans une même dynamique, de culture et de croissance, de patrimoine et de création, d'archéologie et de numérique, de fièvre de l'esprit et d'économie politique, des citoyens et des artistes, de gratuité et d'argent, d'intemporalité et de nouvelles technologies, de marché et d'indépendants, de liberté d'esprit et de métiers, c'est le défi du Forum d'Avignon, destiné à ouvrir un espace de dialogue fécond et décloisonné entre le monde culturel et artistique, le monde économique et le monde politique. C'est un acte de mobilisation politique, de prise de conscience. C'est le lancement d'une offensive pacifique, humaniste, volontariste.

Jean-Jacques Annaud, Laurent Benzoni, Mats Carduner, Emmanuel Chain, Hervé Digne, Renaud Donnedieu de Vabres, Axel Ganz, Emmanuel Hoog, Alain Kouck, Véronique Morali, Pascal Rogard, Nicolas Seydoux.
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